Sous la bruine d’un matin d’automne 1920, un conducteur de tramway à Detroit regarde, incrédule, le nouveau dispositif installé à l’intersection de Woodward Avenue. « Ça, c’est du futur », lance William Potts, l’ingénieur qui vient d’ajouter un petit feu orange entre le rouge et le vert. Le but : éviter que les véhicules se jettent à l’intersection au moment où le feu passe du rouge au vert.\n\n
a city street filled with lots of traffic at night — Photo : Janvier Snead sur Unsplash
\n\nL’histoire du feu tricolore débute pourtant bien avant ce jour. En 1868, le policier londonien John Peake Knight installe le premier dispositif à gaz, inspiré des signaux ferroviaires, sur George Street. Ce système à trois bras (rouge, vert, blanc) était destiné à réguler les calèches et les piétons. 1914, à Cleveland, Lester Wire crée le premier feu électrique à deux lumières, mais sans le jaune qui, à l’époque, était encore inconnu dans le domaine routier.\n\nLe véritable tournant survient en 1920 lorsque Potts, travaillant pour Detroit Electric, brevette le tri‑color system. Il s’inspire du signal maritime : le vert, déjà utilisé par les phares pour indiquer « tout est libre », devient le feu qui autorise le passage. Le rouge, hérité des signaux ferroviaires, signifie l’arrêt. L’ambre, quant à lui, trouve son origine dans les avertissements lumineux des chemins de fer, destiné à préparer les usagers au changement.\n\nCe choix de couleurs n’est pas anodin. En 1968, la Convention de Vienne standardise le code couleur à l’échelle mondiale, mais laisse aux pays la liberté d’ajouter des variantes (comme le feu clignotant orange pour les passages piétons). Aujourd’hui, on compte plus de 1,2 million de feux de circulation actifs dans le monde, contrôlant près de 300 000 km de routes urbaines chaque jour.\n\n
A red pedestrian traffic light glowing on a dark city street at night — Photo : MChe Lee sur Unsplash
\n\nAu fil des décennies, les feux ont évolué : du verre incandescents aux LED économes en énergie, du simple bouton mécanique aux systèmes de synchronisation intelligente qui adaptent les cycles en fonction du trafic. La couleur rouge reste la même, mais son intensité a été calibrée pour être perçue à 30 % de luminosité en plein jour, afin de garantir une visibilité optimale. Le vert, quant à lui, bénéficie d’une teinte légèrement plus « jaune » pour contrer l’effet de la nuit.\n\nAinsi, derrière chaque arrêt, chaque départ et chaque pause, se cachent plus d’un siècle d’innovation, de conflits entre ingénieurs, de législation internationale et de simples anecdotes de policiers de l’époque victorienne. La prochaine fois que vous voyez le feu passer au vert, pensez à ce vieux signal maritime qui, il y a plus de 150 ans, guidait déjà les navires vers des eaux calmes.