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The Brandenburg Gate and the TV Tower in Berlin under a cloudy sky
Économie, Argent & Scandales

Quand le mark s'effondre : l'hyperinflation de la République de Weimar

  • Le Pitch : AprĂšs la dĂ©faite de 1918, la RĂ©publique de Weimar se voit imposer d'Ă©normes rĂ©parations par le TraitĂ© de Versailles. En 1921, le gouvernement commence Ă  imprimer des milliards de marks pour financer les paiements, et dĂšs l'automne 1923, les prix flambent Ă  un rythme infernal, parfois plusieurs fois par jour.
  • L'Histoire : Le 15 aoĂ»t 1923, le chancelier Gustav Stresemann annonce la crĂ©ation du Rentenmark pour tenter de stopper la spirale monĂ©taire. Le 24 novembre, les billets de 100 billions de marks ne valent plus qu'un centime, et les gens font la queue pendant des heures aux bureaux de change. Les commerçants affichent leurs prix en « marks par kilogramme » pour faciliter les calculs. En novembre, le Reichsbank cesse d'imprimer du mark et introduit le nouveau Rentenmark, qui stabilise enfin la monnaie.
  • Le dĂ©tail qui tue : Certaines familles collent les billets aux murs comme du papier peint, et d'autres les utilisent comme combustible pour leurs poĂȘles.

Le 15 novembre 1923, sous un ciel gris de Berlin, Ernst Löffler, vendeur de pommes de terre, compte les billets qui s'accumulent sur son comptoir comme s'il s'agissait de grains de sable. Chaque client arrive avec un sac de marks qui, quelques minutes plus tard, vaut moins que le sac mĂȘme. « C’est comme si l’on payait avec du papier toilette », raconte-t-il, tandis que le son des machines Ă  imprimer rĂ©sonne dans les rues.

Cette crise ne naĂźt pas dans le vide. Le TraitĂ© de Versailles de 1919 oblige l’Allemagne Ă  verser 132 milliards de marks en rĂ©parations, une somme que le jeune gouvernement de la RĂ©publique de Weimar ne peut pas rassembler. Pour honorer ces obligations, il commence Ă  imprimer de la monnaie Ă  un rythme effrĂ©nĂ©, multipliant la masse monĂ©taire de 20 fois entre 1919 et 1923. L’inflation s’accĂ©lĂšre d’abord doucement, puis explose en 1923, transformant les prix en une course contre la montre.

Les consĂ©quences sociales sont dramatiques. Les salaires deviennent presque inutiles : les ouvriers reçoivent leurs fiches de paie en plusieurs fois, chaque versement valant moins que le prĂ©cĂ©dent. Les femmes de la classe moyenne, comme Martha Schmidt, commencent Ă  acheter du pain en gros et Ă  le stocker, car le coĂ»t du pain passe de 1 mark Ă  200 milliards de marks en moins de six mois. Les cafĂ©s ferment leurs portes, les loyers sont payĂ©s en tonnes de papier, et les banques voient leurs coffres remplis de billets qui se dĂ©chirent sous le poids.

Paradoxalement, l’hyperinflation stimule une forme d’innovation culturelle. Les artistes de la Nouvelle ObjectivitĂ© capturent la folie monĂ©taire dans leurs toiles, comme le tableau de Otto Dix oĂč des gens s’échangent des liasses de billets comme s’ils Ă©changeaient des cartes de visite. Les journaux, imprimĂ©s Ă  la hĂąte, affichent des titres criants : « Le mark devient du papier Ă  brĂ»ler ». Des poĂštes, dont Erich KĂ€stner, Ă©crivent des vers satiriques dĂ©nonçant la perte de valeur du quotidien.

Le 15 novembre, le Rentenmark fait son apparition, soutenu par des hypothĂšques sur les terres et les usines. Sa valeur est fixĂ©e Ă  1 Rentenmark = 1 milliard de marks anciens, et grĂące Ă  cette stabilitĂ©, les prix cessent de grimper. La crise laisse cependant des cicatrices : la mĂ©fiance envers les banques, la montĂ©e des mouvements extrĂ©mistes comme le parti nazi qui promet de « mettre fin Ă  l’inflation », et une gĂ©nĂ©ration qui a vu le pouvoir d’achat s’évaporer comme de la fumĂ©e.

A black and white photo of people walking down the street

A black and white photo of people walking down the street — Photo : Yuri Krupenin sur Unsplash

Aujourd’hui, l’hyperinflation de Weimar reste un rappel brutal que la monnaie n’est qu’une confiance collective, prĂȘte Ă  s’effondrer quand les politiques Ă©conomiques la trahissent. Les leçons tirĂ©es ont inspirĂ© la crĂ©ation du Fonds monĂ©taire international aprĂšs la Seconde Guerre mondiale, et chaque fois qu’un pays voit son inflation grimper, les Ă©conomistes Ă©voquent encore les images de billets qui remplissent les poubelles et les murs de Berlin.

a green and brown paper currency with a picture of a man on it

a green and brown paper currency with a picture of a man on it — Photo : rc.xyz NFT gallery sur Unsplash